IX
SOLENNEL et correct, George Lee entra.
« Une affaire épouvantable ! dit-il, en secouant la tête. Une affaire horrible ! C'est sûrement le crime d'un fou ! »
Poliment, le colonel Johnson demanda :
« C'est là votre opinion ?
— Oui. Je ne vois pas d'autre explication. Un fou homicide, échappé de quelque asile des environs. »
Le chef de police intervint :
« Comment ce fou aurait-il pu s'introduire dans la maison et en sortir, Mr. Lee ? »
George Lee répondit d'un ton ferme :
« À la police de le découvrir. »
Sugden expliqua :
« Nous avons tout de suite fait le tour de la maison. Toutes les fenêtres étaient fermées et barrées. La porte de côté et la porte de devant étaient fermées à clef. Personne n'aurait pu s'échapper par la cuisine sans être remarqué par les domestiques.
— Voyons ! C'est absurde, s'écria George Lee. Vous allez dire tout à l'heure que mon père n'a pas été assassiné !
— Malheureusement, le meurtre ne fait aucun doute », déclara le chef de police Sugden.
Le chef constable s'éclaircit la gorge et poursuivit l'interrogatoire.
« Où vous trouviez-vous au moment du crime ?
— Dans la salle à manger. C'était tout de suite après le repas. Ou plutôt non, je me trouvais dans ce bureau, en train de téléphoner.
— Vous téléphoniez ?
— Oui, je venais de parler à un de mes agents électoraux de Westeringham… au sujet d'une question importante…
— Et vous aviez fini de téléphoner quand vous entendîtes le cri ? »
George Lee frémit légèrement :
« Oui, un cri horrible qui me glaça jusqu'à la moelle… et se termina en une sorte de gargouillement étouffé. »
Il prit son mouchoir et s'épongea le front.
« Une mort épouvantable, murmura-t-il.
— Et vous êtes monté là-haut ?
— Oui.
— Avez-vous rencontré vos frères, Mr. Alfred et Mr. Harry Lee ?
— Non. Ils avaient dû monter avant moi.
— Quand avez-vous vu votre père pour la dernière fois ?
— Cet après-midi. Il nous fit monter tous dans sa chambre.
— Vous ne le revîtes point ensuite ?
— Non. »
Après une pause, le chef constable demanda :
« Saviez-vous que votre père gardait un lot de diamants de valeur dans le coffre-fort de sa chambre à coucher ? »
George Lee fit de la tête un signe affirmatif.
« Il commettait là une réelle imprudence ! déclara-t-il d'un ton sentencieux. Bien des fois je le lui ai répété. On aurait pu le tuer pour… les lui voler… c'est-à-dire… »
Le colonel Johnson l'interrompit :
« Savez-vous que ces diamants ont disparu ? »
La mâchoire de George s'affaissa et ses gros yeux regardèrent fixement le chef constable.
« Ainsi on l'a tué pour les lui enlever ? »
Lentement Johnson lui dit :
« Il avait constaté la disparition de ses pierres et en avait averti la police quelques heures avant sa mort.
— Alors… je ne comprends plus… Je… »
Doucement, Hercule Poirot lui dit :
« Et nous, pas davantage. »